Ce week-end dans les Bouches-du-Rhône : quand l’art et les paysages dialoguent en silence
26 août 2026 · La rédaction de Sortir en Provence-Alpes-Côte d'Azur · Bouches-du-Rhône
Le week-end s’annonce comme une partition où chaque note résonne entre création et nature. Dans les Bouches-du-Rhône, les expositions et les concerts se mêlent aux horizons grand ouverts, offrant une respiration estivale où l’on passe sans transition des salles voûtées aux sentiers poussiéreux. Voici quelques pistes pour composer son propre rythme.
L’émotion à fleur de toile et de bronze
Si une seule exposition devait retenir l’attention, ce serait sans doute celle de Hubert et Catherine Mangold aux Baux-de-Provence. Leur travail, présenté sous le titre *« Émotions lyriques et sculptures »*, est de ceux qui saisissent sans crier gare. Les Mangold ne cherchent pas à impressionner par l’audace technique ou les effets de style, mais à traduire ce qui échappe aux mots : une palpitation, un frémissement, une mémoire tactile. Leurs sculptures, tantôt lisses, tantôt striées de gestes nerveux, semblent avoir été arrachées à la matière pour mieux révéler ce qu’elle cache. Les peintures, elles, jouent avec les transparences, comme si la lumière elle-même était devenue pigment. L’exposition se tient dans un lieu qui n’a pas besoin d’artifice pour envoûter : les salles troglodytes des Baux, où l’ombre et la pierre amplifient chaque œuvre. Un rendez-vous qui invite à ralentir, à laisser l’art agir comme un écho plutôt qu’un spectacle.
Ailleurs, les propositions foisonnent. À Saintes-Maries-de-la-Mer, Marc Guyot expose des toiles où la Camargue n’est pas un décor, mais une présence presque charnelle. Ses paysages ne sont pas des cartes postales, mais des fragments de réel saisis dans leur fugacité : une lumière rasante sur les marais, l’ombre d’un cheval qui se découpe sur un ciel chargé, la vibration de l’air au-dessus des sansouïres. À Aix-en-Provence, Laurent Bertran de Balanda brouille les frontières entre numérique et matière avec ses *« Tableaux de décoincidence digitale »*, où des éléments figuratifs s’entrechoquent dans des compositions qui semblent à la fois précises et oniriques. Quant à Sylvie Collu, aux Baux également, elle pousse plus loin encore le dialogue entre les médiums en tissant littéralement ses photographies, créant des images qui se dédoublent et s’approfondissent sous le regard.
La musique comme trait d’union
Le Festival International de Quatuors à Cordes du Luberon, à La Roque-d’Anthéron, est l’un de ces événements où la musique classique se réinvente en s’ancrant dans le territoire. Ce dimanche, des quatuors venus des quatre coins du monde investiront des lieux chargés d’histoire – églises, cours de châteaux, jardins ombragés – pour des concerts où l’acoustique devient complice. L’idée n’est pas seulement d’écouter, mais de vivre la musique comme une expérience physique, presque tactile, où chaque note résonne différemment selon l’endroit où l’on se tient. Un festival qui rappelle que la grande musique n’a pas besoin de temples pour exister : parfois, une simple voûte de pierre ou un olivier centenaire suffisent.
À Marseille, les *Concerts de Sainte-Anne* proposent une parenthèse plus intimiste. Ce mardi, une *« heure musicale au cœur de l’été »* réunira des interprètes autour d’un programme qui mêle baroque et répertoire contemporain. L’église Sainte-Anne, avec son acoustique chaleureuse et son atmosphère recueillie, est le cadre idéal pour ces moments où la musique se savoure comme un vin rare : sans précipitation, en laissant chaque son se déployer pleinement.
Entre deux expositions, prendre le large
Les Bouches-du-Rhône sont un terrain de jeu infini pour qui aime alterner culture et grands espaces. Entre deux visites, pourquoi ne pas enfourcher son vélo pour suivre la *« Boucle du 13 » n°1*, qui mène à l’aqueduc de Roquefavour, près de Coudoux ? Ce géant de pierre, trois fois plus haut que le Pont du Gard, se dresse au milieu des collines comme un vestige d’une époque où l’ingénierie servait la poésie. La balade, facile et ombragée, offre des points de vue imprenables sur la campagne aixoise, avec ses champs de vignes et ses villages perchés.
Plus au sud, la *« Boucle du 13 » n°4* invite à découvrir l’étang de Vaccarès, cœur battant de la Camargue arlésienne. Le parcours, accessible à tous, longe les rizières avant de déboucher sur les berges de l’étang, où le ciel et l’eau se confondent. C’est l’endroit idéal pour observer les flamants roses, les chevaux sauvages et cette lumière si particulière qui a inspiré tant d’artistes – dont Marc Guyot, justement. Un détour par les salins, où la terre prend des teintes roses et ocres, achève de transformer la balade en une expérience presque sensorielle.
Enfin, pour ceux qui préfèrent les reliefs aux étendues plates, la *« Boucle du 13 » n°10* autour d’Aubagne mène au pied du Garlaban, cette montagne mythique qui domine la vallée de l’Huveaune. Les sentiers, parfois escarpés, offrent des panoramas à couper le souffle sur les collines environnantes, tandis que les pins et les chênes verts parfument l’air. Un territoire qui a nourri l’imaginaire de Pagnol, et qui continue de le faire pour quiconque prend le temps de s’y perdre.
Un week-end où tout se répond
Ce qui frappe dans cette sélection, c’est la manière dont les propositions s’entrelacent. Les expositions parlent de lumière, de matière, d’émotion brute – et les paysages, eux, offrent ces mêmes éléments à l’état naturel. À Cassis, Laura Dreyer expose ses toiles *« Harmonie et contemplation »* dans les *Salles Voûtées*, un lieu où l’art et l’architecture dialoguent depuis des siècles. Ses peintures, souvent inspirées par la nature, entrent en résonance avec les calanques toutes proches, comme si l’une était le prolongement de l’autre. Même chose à Boulbon, où Thierry France Pey présente son *« Observation des hommes-oiseaux en milieu naturel »* : une exposition qui questionne notre rapport au vivant, alors que les oiseaux migrateurs survolent justement la région en cette saison.
Reste l’intrigante *« Italia cristiana »* à Arles, une manifestation qui promet de mêler art et histoire dans une mise en scène immersive. Sans en savoir plus, on imagine déjà les églises romanes de la ville servir de cadre à une plongée dans un patrimoine religieux méconnu. Un événement qui, à n’en pas douter, ajoutera une touche de mystère à un week-end déjà riche en contrastes.
Alors, par où commencer ? Peut-être par l’exposition des Mangold, pour se laisser toucher par l’art comme on se laisse surprendre par un paysage. Puis, une fois les émotions en éveil, partir à la rencontre de ces lieux où la nature et l’histoire se donnent en spectacle sans jamais forcer le trait. Un week-end où l’on passe de l’ombre des salles d’exposition à la lumière crue des sentiers, sans jamais quitter tout à fait l’un pour l’autre.
Pour en savoir plus
- Exposition des oeuvres de Guyot
- Exposition : « Entre photographie, peinture, tissage et émotions »Sylvie COLLU
- Festival International de Quatuors à Cordes du Luberon
- Exposition - Tableaux de décoincidence digitale et Sculptures humanocryptes en bronze
- Exposition : « Emotions lyriques et sculptures » de Hubert et Catherine Mangold
- Italia cristiana
- Exposition "Observation des hommes-oiseaux en milieu naturel"
- Concerts de Sainte Anne - été 2026
- Exposition collective - L'été, la nuit : la reprise
- Exposition « Harmonie et contemplation » par Laura Dreyer aux Salles Voutées
- "Boucle du 13" n° 4 - Arles : A la découverte de l'Etang de Vaccarès
- "Boucle du 13" n°1 - Coudoux : L'aqueduc de Roquefavour
- "Boucle du 13" n°10 - Aubagne : Le piemont du Garlaban
- "Boucle du 13" n°11 - Alpilles - Roquemartine (boucle complète)