Forcalquier et Lurs, quand l’art et la terre inspirent les Alpes-de-Haute-Provence

24 août 2026 · La rédaction de Sortir en Provence-Alpes-Côte d'Azur · Alpes-de-Haute-Provence

Cette semaine, les Alpes-de-Haute-Provence se transforment en une scène où se croisent l’intime et le monumental, le geste artistique et la rudesse des paysages. Deux villages, Forcalquier et Lurs, concentrent l’essentiel de l’effervescence, comme si la lumière particulière de cette fin d’été y attirait naturellement les regards.

Forcalquier, galerie à ciel ouvert

La Galerie Grande, nichée au cœur de Forcalquier, devient le théâtre d’une exploration visuelle où chaque exposition semble dialoguer avec les autres. Jean-Paul Braud y présente A l’Origine, une série photographique qui part d’une fracture — géologique, humaine, symbolique — pour en révéler les échos lumineux. Ses images, souvent en noir et blanc, captent des matières brutes, des lieux oubliés, comme si la photographie elle-même était un acte de réparation. À quelques pas, Marc Daniel expose Lorsque l’enfant paraît, des sculptures abstraites où l’équilibre précaire des formes évoque les liens invisibles entre les êtres. Ses pièces, à la fois souples et tendues, semblent respirer, comme si le métal ou le bois avaient gardé la mémoire d’une étreinte.

Le 27 août, l’aquarelliste Matteo Lunardi viendra clore ce cycle avec des paysages où la transparence de l’eau révèle les lumières du Pays de Forcalquier. Ses toiles, peintes sur le motif, restituent l’atmosphère changeante des collines et de la Durance, comme une invitation à voir le territoire autrement. Trois approches, trois médiums, mais une même attention portée à ce qui lie l’homme à son environnement — ou à ce qui l’en sépare.

Lurs, l’écriture comme matière vivante

À quelques kilomètres de là, le village de Lurs accueille depuis 1952 les Rencontres internationales de Lure, un rendez-vous unique où l’écriture est envisagée sous tous ses angles : typographie, calligraphie, design éditorial, mais aussi son rôle social et politique. Cette 74e édition, intitulée « Nos [...] » (le titre exact reste mystérieux, comme une promesse), promet une semaine de conférences, d’ateliers et de débats où se mêleront praticiens, théoriciens et passionnés. Lurs, avec ses ruelles étroites et ses pierres dorées par le soleil, se prête à cette réflexion : ici, l’écriture n’est pas qu’un outil, mais un paysage en soi, une trace laissée par ceux qui l’ont façonnée.

C’est sans doute ce qui fait la singularité de ces rencontres : elles ne se contentent pas de célébrer l’art de l’écrit, elles en interrogent les frontières, les silences, les possibles. Une parenthèse intellectuelle et sensible, où l’on vient autant pour écouter que pour toucher du doigt la matérialité des mots.

Hors des murs, la terre et le ciel

Pour ceux qui voudraient sortir des salles d’exposition, les Alpes-de-Haute-Provence offrent aussi des expériences où le corps prend le relais de l’esprit. Le 25 août, la Rando Vélo Apéro propose une ascension en VTT à assistance électrique jusqu’au Pégueiou, un restaurant perché à 2365 mètres d’altitude. L’itinéraire, encadré par un moniteur, traverse des paysages grandioses où les alpages le disputent aux roches nues. L’effort est récompensé par une vue à 360 degrés et, bien sûr, par l’apéritif qui clôt la randonnée — un moment de convivialité où l’on mesure, entre deux bouchées de fromage local, l’ampleur du panorama.

Autre option, plus tranquille : Ciel mon marché !, qui s’installe le 27 août à Châteaufort. Ce marché itinérant, qui tourne entre plusieurs villages des environs, est une fête des sens. Producteurs locaux, artisans, et musiciens s’y donnent rendez-vous pour une ambiance à la fois gourmande et joyeuse. Niaga, le groupe qui anime la journée, apporte une touche de chaleur supplémentaire, comme pour rappeler que la Provence n’est pas qu’un décor, mais un territoire où l’on vit, où l’on mange, où l’on danse.

Et si on prolongeait la visite ?

Forcalquier et ses alentours regorgent de lieux qui méritent qu’on s’y attarde. La Maison des têtes, par exemple, est une demeure Renaissance où chaque façade raconte une saison, un mythe, une histoire. À Saint-Maime, la Ferme de Titou permet de découvrir les coulisses de l’agriculture locale, entre cultures et élevage. Plus discret, l’aire de battage de Brès, au Castellet, est un témoignage du passé rural du département, où le blé était encore battu à la force des bras. Enfin, à Sisteron, l’ancien Couvent des Dominicains offre un contraste saisissant entre la rigueur de son architecture et la douceur des paysages qui l’entourent — une halte apaisante avant de reprendre la route.

Cette semaine, les Alpes-de-Haute-Provence se révèlent sous un jour à la fois intime et spectaculaire. Entre les expositions de Forcalquier, les débats de Lurs et les escapades en montagne, il y a de quoi nourrir l’esprit autant que les sens. Et si l’on devait n’en retenir qu’une, ce serait sans doute les Rencontres de Lure : parce qu’elles rappellent que l’écriture, comme la photographie ou la sculpture, est d’abord une manière de regarder le monde — et de le partager.

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