Huit traces du travail humain dans les Alpes-de-Haute-Provence

5 octobre 2026 · La rédaction de Sortir en Provence-Alpes-Côte d'Azur · Alpes-de-Haute-Provence

Des roues à aubes qui tournent encore aux ateliers où l’on façonne la terre, le département garde les marques d’un savoir-faire qui a nourri les vallées. Voici huit endroits où l’on touche du doigt l’histoire des mains qui ont construit le pays.

1. Scierie hydraulique – Méolans-Revel

Perchée à 1 200 mètres, cette scierie en mélèze fonctionne toujours avec l’eau du torrent voisin. On y voit la lame monter et descendre, entraînée par une roue à augets, tandis que les planches s’empilent sur le quai de chargement. L’odeur de bois frais et le grincement des poulies rappellent que, jusqu’aux années 1960, chaque village avait son propre outil pour transformer les mélèzes de l’Ubaye en charpentes ou en bardeaux.

2. Le Pont AFC, le wagonnet et la fresque de la mine de Gaude – Manosque

Sur le chemin qui mène à l’ancienne mine, un pont métallique rouillé enjambe le ravin. Dessous, un wagonnet abandonné porte encore les traces de la barytine extraite ici jusqu’en 1962. Une fresque murale, peinte à même la roche, représente les mineurs au travail. Rien n’a été restauré : la végétation reprend ses droits, et c’est cette impression de lieu figé dans les années 1950 qui frappe le visiteur.

3. Mine de Gaude – Manosque

Contrairement aux sites miniers spectaculaires des Alpes du Nord, la mine de Gaude se visite en petit groupe, avec un guide qui connaît chaque galerie. On y descend par des échelles de fer, éclairé à la lampe frontale, pour découvrir les veines de barytine et les outils abandonnés. L’humidité suinte des parois, et l’on comprend vite pourquoi les mineurs travaillaient à la lueur des lampes à acétylène, dans un bruit de gouttes et de pierres qui roulent.

4. Franck Scherer – Moustiers-Sainte-Marie

Dans son atelier accroché à la falaise, Franck Scherer perpétue le savoir-faire des faïenciers de Moustiers. Ses pièces, souvent inspirées par la nature locale, sont émaillées de bleus profonds et de verts moussus. On le voit tourner, peindre et cuire ses céramiques dans un four à bois du XVIIIe siècle, dont la chaleur se diffuse dans toute la pièce. Chaque assiette, chaque vase porte la trace de ses doigts, et c’est cette imperfection assumée qui distingue son travail de la production industrielle.

5. Mikaël Trocherie – Moustiers-Sainte-Marie

Spécialisé dans la restauration de faïences anciennes, Mikaël Trocherie passe ses journées à redonner vie à des pièces du XVIIIe siècle, souvent brisées en dizaines de morceaux. Son atelier, rempli de pots de pigments et de pinceaux fins, ressemble à un laboratoire. Il explique comment il recolle les tessons, reconstitue les motifs effacés et réinvente les couleurs disparues. Son travail, invisible une fois terminé, est celui d’un archéologue du quotidien.

6. Stéphane Alliaume – Moustiers-Sainte-Marie

Stéphane Alliaume fabrique des santons en argile, mais pas n’importe lesquels : ses personnages représentent les métiers disparus de la région, comme le rémouleur, le charbonnier ou la lavandière. Chaque figurine est modelée à la main, puis peinte avec des pigments naturels. On reconnaît son style à la précision des détails – les outils, les vêtements, les expressions – qui racontent une histoire sociale plus qu’une scène de crèche traditionnelle.

7. À la Ferme de Titou – Saint-Maime

Ici, on élève des chèvres et on fabrique du fromage dans une ferme en pierre du XIXe siècle. Les visiteurs peuvent traire les bêtes, puis suivre la transformation du lait en brousse ou en tomme, dans une pièce où les cuves en cuivre brillent sous la lumière des lucarnes. L’odeur de lait caillé et de foin imprègne les murs, et l’on comprend vite que le travail n’a pas changé depuis des générations : les mêmes gestes, les mêmes outils, la même patience.

8. Ferme pédagogique – Roumoules

Cette ferme ne se contente pas d’élever des animaux : elle montre comment le travail agricole a évolué (ou pas) depuis un siècle. On y voit des machines anciennes, comme une batteuse à manège, à côté d’outils modernes. Les enfants peuvent actionner une pompe à bras ou tourner la meule d’un moulin à huile, tandis que les adultes découvrent les techniques de culture des plantes aromatiques, qui ont remplacé les céréales dans cette partie du département.

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